Dernière publication
Le S&P 500 est-il vraiment cher ? La réponse dépend du PER regardé
Le marché américain paraît cher, mais le diagnostic change selon que l’on regarde le PER forward, basé sur les bénéfices attendus, ou le PER trailing, basé sur les bénéfices déjà publiés.
Depuis plusieurs semaines, beaucoup d’investisseurs répètent que le marché américain est trop cher. Le S&P 500 reste proche de ses sommets, les grandes valeurs technologiques concentrent une grande partie de la performance, et les tensions géopolitiques ajoutent de l’incertitude.
Mais dire simplement que le marché est cher ne suffit pas. Il faut d’abord répondre à une question essentielle : de quel PER parle-t-on ?
Le PER, ou Price Earnings Ratio, mesure combien les investisseurs acceptent de payer pour un dollar de bénéfice. Plus il est élevé, plus le marché paie cher les profits des entreprises. Mais il existe plusieurs façons de le calculer, et c’est là que beaucoup de confusions commencent.
PER forward : cher, mais pas encore extrême
Le PER forward regarde les bénéfices attendus sur les douze prochains mois. C’est l’indicateur le plus utilisé par les analystes, car la Bourse anticipe l’avenir plutôt que le passé.
Début juillet 2026, les données disponibles plaçaient le PER forward du S&P 500 autour de 20 fois les bénéfices attendus. C’est supérieur aux moyennes récentes, mais pas encore une zone de bulle extrême.
Le problème, c’est que ce PER repose sur des bénéfices futurs. Il suppose que les entreprises vont continuer à augmenter leurs profits. Si les résultats sont bons, un PER autour de 20-21x peut se justifier. Si les bénéfices déçoivent, la valorisation devient rapidement fragile.
Autrement dit : à ce niveau, le marché n’a pas beaucoup droit à l’erreur.
PER trailing : là, le marché paraît beaucoup plus cher
Le PER trailing regarde les bénéfices déjà publiés, pas les bénéfices attendus. Il est moins optimiste par construction, puisqu’il ne repose pas sur des prévisions.
Avec cette lecture, le constat est beaucoup plus tendu. Début juillet 2026, Multpl indiquait un PER trailing du S&P 500 autour de 32x, sur la base des bénéfices publiés des douze derniers mois. La même série ressort très au-dessus de sa moyenne historique longue.
Un investisseur qui regarde le PER forward peut dire : le marché est cher, mais pas fou. Un investisseur qui regarde le PER trailing peut répondre : le marché est très cher historiquement.
Les deux peuvent avoir raison, car ils ne regardent pas le même indicateur.
Quelle moyenne historique utiliser ?
Sur les 5 ou 10 dernières années, les valorisations élevées sont devenues plus fréquentes. Cela s’explique par plusieurs facteurs : taux bas pendant longtemps, poids croissant des grandes valeurs technologiques, rentabilité élevée des leaders américains, rachats d’actions et domination des entreprises à forte marge.
Mais sur une période plus longue, la lecture change. Une valorisation qui paraît seulement élevée par rapport aux dix dernières années peut paraître beaucoup plus exigeante face à l’histoire longue.
Sur longue période, un PER autour de 15-17x est beaucoup plus proche d’une zone normale. Autour de 18-19x, on peut parler d’un marché déjà bien valorisé. À 20-21x, on entre dans une zone chère. Au-dessus de 23-25x, le marché devient très exigeant.
Donc non, 20-21x n’est pas vraiment neutre si l’on prend beaucoup de recul. C’est plutôt une valorisation élevée, acceptable seulement si la croissance des bénéfices reste forte.
Pourquoi le marché accepte encore ces niveaux ?
La réponse tient en grande partie aux bénéfices attendus.
Les investisseurs ne paient pas seulement les profits d’aujourd’hui. Ils paient les profits qu’ils espèrent demain. Si les analystes anticipent une forte hausse des bénéfices, le PER forward peut sembler moins inquiétant.
Mais c’est aussi le risque principal. Si les bénéfices montent réellement, le marché peut rester cher sans forcément corriger violemment. Si les bénéfices déçoivent, le PER peut se contracter rapidement. Dans ce cas, même sans crise majeure, une correction devient logique.
Le vrai problème : la marge d’erreur est faible
Un marché à 15-16x les bénéfices peut encaisser des mauvaises nouvelles. Un marché à 20-21x les bénéfices attendus les encaisse beaucoup moins bien.
À ces niveaux, les investisseurs veulent trois choses : des bénéfices solides, des taux stables ou en baisse, et aucune mauvaise surprise majeure sur la géopolitique ou l’inflation.
Si ces trois conditions restent réunies, le marché peut continuer à avancer, même avec une valorisation élevée.
Mais si une seule de ces conditions se détériore fortement, la valorisation devient un problème.
Le risque n’est donc pas seulement que le S&P 500 soit cher. Le risque est qu’il soit cher dans un environnement où les attentes sont déjà très élevées.
Sources indicatives à vérifier
FactSet Earnings Insight, Multpl et données de marché disponibles début juillet 2026. Les chiffres de valorisation changent rapidement et doivent être revérifiés avant toute décision.
Conclusion
Le S&P 500 est cher, mais il faut préciser ce que cela veut dire. Sur la base du PER forward, autour de 20-21x, le marché est au-dessus de ses moyennes récentes, mais pas encore dans une zone de bulle extrême. Sur la base du PER trailing, autour de 32x, le marché paraît en revanche très cher par rapport à l’histoire longue. La bonne conclusion n’est donc pas que le marché va forcément crasher. La bonne conclusion est plutôt que le marché est cher, donc il a besoin que tout continue à bien se passer. Et c’est précisément là que se trouve le risque.
Risque : Analyse informative et pédagogique uniquement. Ce contenu ne constitue pas une recommandation d’achat, de vente ou de conservation.